Page 99 - La Place des Wallons
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 Marthe
Au plus mal de la santé de Marthe, je me souviens m’être tenu debout face au poêle, dans le salon vide, solennel comme je pouvais l’être encore. Les mains sur la ta- blette de la cheminée, je me demandais si une éclaircie ne tenait pas du fantasme. Et c’est durant cette période difficile que j’in- vitai des amis à prendre le thé ; nous par- lerions de mon épouse alitée et des progrès de la médecine. Marthe, pour sa part, préparait les collations, chauffait les eaux, et se démenait entre les invités, qui finirent par s’enquérir également de la santé de cette pauvre enfant. Ce n’était pas anodin ; d’ailleurs constatant en fin de se- maine les traits tirés et le souffle court de la bonne, je sommai Marthe de rester quelques jours dans ses appartements, calme et allongée. Comme elle rechignait, je la guidai moi-même au grenier et, sous les combles, penché sous le faîte bas, je pris sur mon temps pour rafraichir son lit, fis basculer la petite lucarne inclinée, le temps de faire entrer l’air frais, puis refer- mai le battant de verre craquelé. Obéis-
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