Page 97 - La Place des Wallons
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 Marthe
concernaient vraiment. J’appris à ces ré- ponses à ne plus évoquer ma “bluette”.
Ma femme dormait quand j’entrai dans sa chambre. Un effluve de citron salé et de soufre chargeait l’air ambiant. Dans la lueur de l’âtre et celle des bougies proches, la bonne, petite silhouette orange assise sur le lit, plongeait un linge blanc dans une bassine fumante. Elle lavait les bras de mon épouse, lentement, l’un après l’autre. Avant de nous laisser, elle passa le tissu mouillé sur le cou et le front de Mademoi- selle, peut-être dans l’optique de mes bai- sers. Autour du lit, tous ces petits papiers comme un parterre de square, sur lesquels mon épouse avait pris l’habitude de noter de courtes phrases. Je demandai à Marthe de les ramasser et, pour celles qui m’é- taient adressées, de me les apporter dans mon bureau ce soir. Quand Marthe eut rassemblé les mots et fut sortie de la chambre, je m’assis au chevet de mon jeune amour. Je l’embrassai sur le front, puis au cou, avant toute chose, puis éva-
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