Page 92 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
observé longtemps, ou souvent. J’y vois de petites arabesques bleu ciel, des petits per- sonnages — et ça ne va pas parce que le souvenir de ce liseré ocre ne provient pas d’un décor, d’un mur ou d’une photogra- phie — ce liseré est en moi, et je le pro- jette vers l’extérieur. C’est troublant ; c’est légèrement effrayant.
J’ai passé la journée à lire de vieux bot- tins de Liège, que je garde, je ne sais trop pourquoi, sous une pile de livres ; des édi- tions de 1965 à 1981. Et je me suis de- mandé pourquoi je feuilletais ces pages blanches, surtout à ce moment de ma ré- daction ; peut-être voulais-je être surpris, au détour des noms de famille et des chiffres, par une adresse de la rue des Ébu- rons ? J’y passais des heures en tout cas ; le bottin de Liège, 1973, 1976, 1977, les pages fines, qui tournent sur la paume, qu’on rabat précieusement. Je me suis dit que ça allait être ça, le sujet de mon récit ; que c’était ça que mon héros allait exhu- mer, finalement — il allait tomber en par-
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