Page 89 - La Place des Wallons
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 Rue des Éburons
crachin fluorescent dans les phares des bulldozers ?
La photographie en noir et blanc de la rue des Éburons — dont j’imagine la re- constitution par ce récit comme la projec- tion d’un film à l’envers — les briques qui jaillissent de leur tas et vont s’enfoncer dans leur encoche dans les murs, imbri- quant les différentes pièces en elles-mêmes comme un puzzle géant et poussiéreux —, la photographie en noir et blanc de la rue des Éburons, donc, a été prise en hiver ; le ton du cliché est dans mon esprit blanc et jaune — en effet la neige venait de tom- ber, et l’intérieur des maisons brillait par les fenêtres, et ce gris clair des fenêtres était par une magie de l’esprit pour moi un jaune chaud. Cet hiver-là — proba- blement un hiver des années septante —, les habitants de la rue des Éburons pou- vaient encore tout ignorer du projet de chemin de fer.
Un détail sur la scène : dans mon œil intérieur, je vois, depuis la rue, par la fe-
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