Page 87 - La Place des Wallons
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 Rue des Éburons
un jour conscience de l’endroit. Alors bien sûr, j’en suis à supputer que c’est là un sa- voir grégaire ; que je connais ce quartier parce que les miens l’ont arpenté jadis ; c’est une transmission du savoir de généra- tion en génération, une mémoire collec- tive, c’est en tout cas ce que je crois — un aïeul a pu vivre dans la rue des Éburons — et y prendre d’ailleurs cette fameuse photographie que j’ai observée un jour, ah !
Au moment où j’ai su que le cliché dans mon souvenir représentait la rue des Ébu- rons, son sujet s’est par le fait contrasté lé- gèrement. Comme si le souvenir gagnait en expérience. Les deux tons de blanc sont devenus dans mon esprit deux tons de gris. Car je sais — je sais comment cette rue a disparu. Je me souviens de l’époque, ça m’est revenu ; les gens parlaient du che- min de fer qui devait passer à sa place, longer la rue Ambiorix et gagner la gare des Guillemins. Un mot complexe pour l’enfant que j’étais avait été prononcé par
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