Page 86 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
pluie particulière, à travers la vitre, à la même heure, qui faisait remonter mes ca- davres à la surface.
Alors, je vais quitter mon bureau, à tout hasard, et faire tourner les roues de mon fauteuil vers la cuisine, embrasser la sil- houette du réchaud, regarder par la fe- nêtre — et, peut-être...
Je somnole un peu, je rêvasse un peu, quelques jours plus tard, face au réchaud bouillant, à la fenêtre embuée, à cette pluie pareille à celle d’alors. La rue aux marrons bouillants, l’atmosphère boisée, le panache qui cache le visage sale du vieil homme aux gros doigts brûlés.
La rue des Éburons.
J’ai tracé un plan, sur une feuille de pa- pier ; j’y ai placé la rue des Éburons et, partant des deux traits formant ses trot- toirs, le quartier entier au bout de mes doigts s’est déployé — j’ai tracé les rues alentour, exactement comme si j’avais eu
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