Page 84 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
dans quoi j’ai bien pu m’embarquer. Même le nom de cette rue, voyez-vous, je n’en suis plus trop sûr. Il faut pourtant que je m’en souvienne — j’ai le sentiment d’avoir quelque chose à en dire, quelque chose qui me trotte — j’ai peut-être besoin d’exhumer cette histoire — cette histoire qui ne tient qu’au fil de ma mémoire, peut-être précisément parce qu’elle ne tient qu’à un fil, peut-être aussi parce que ne tient qu’à un fil la carrière de roman- cier de votre serviteur, ah !
Non, quelque chose m’oblige à mainte- nir cette rue en vie ; quelque chose d’or- ganique, lié à ma propre existence ; un vide qui veut se remplir. Quelque chose dont je ne sais rien a priori. J’en ai, pour dire la vérité, une impression inquiétante — à mon nez les effluves d’un combat maudit, d’une guerre entre la mémoire et le temps — un bloc de glace qui fond inexorablement en toisant un feu de camp aux brindilles chétives — glace et feu en
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