Page 74 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
informations sur ce qu’est donc une “ac- trice précoce” ; ainsi, par trois fois, je la dévisage, la renifle. À chaque fois, elle se retourne vers moi et, avec un sourire charmé, opine volontiers, pour me laisser entendre, à la manière bourgeoise du XIXe siècle, que je suis un homme bien galant, à l’introduire ainsi dans les voies dégagées. Cette mécanique des muscles, des nerfs et des tendons, qui anime son corps quand elle mime la génuflexion pour me signifier que je suis ce vieillard galant, tout ça, me dis-je, est fort bien exé- cuté, au faîte d’un cours de maintien ; je pourrais m’émerveiller d’ailleurs de ce que cette acrobatie dit de moi, si je n’étais pas fort vieux et moi-même éduqué à la vie depuis six fois son âge. Je me surprends tout de même à accompagner ses gestes, à la couvrir, non comme on couvre une en- fant, mais plutôt comme on accompagne une princesse au bal. Le long de la rue des Guillemins, nous ne faisons rien d’autre que danser entre les badauds. Je lui crée des passages, cela m’amuse, m’intéresse
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