Page 72 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
Et puis, l’annonce est reparue, le 23 sep- tembre, et je me suis exclamé « Ah ! », comme si je la prenais la main dans le sac. J’ai téléphoné au journal, ai dit à l’opéra- trice que je correspondais à la description de l’annonce, habitais dans la région men- tionnée, et avais une chambre d’enfant libre. Mon petit “mensonge”, mon veu- vage, que je tus à l’opératrice, serait ex- posé aussitôt mis en contact avec cette “ac- trice précoce”. Je reçus un appel télépho- nique dès le lendemain. C’était une voix d’adolescente, une “Émilie”, à qui en pré- ambule je précisai mon omission ; étant donné l’imminence du tournage, cela n’avait plus d’importance, me dit-elle — elle était désespérée. Nous avions convenu d’un quai de gare et d’un horaire de train, puis nous avions raccroché. Cette Émilie, je m’en étais amusé sur le moment, avait bien cette diction précise et précieuse que l’on anticipe quand on imagine une “ac- trice précoce”. J’avais cru déceler une ma- nière qu’elle avait de tourner les phrases, de les simplifier, pour se mettre à mon ni-
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