Page 68 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
boule de sa crème glacée, où un journal pelé s’envole dans la bourrasque.
Mais le balancier bipolaire déjà bascule, et bientôt je me demande pour qui je me suis pris, là, pour penser à mourir un di- manche de messe. Il me semble clair jus- tement que les seuls jours auxquels nous pourrions jamais aspirer vous et moi sont ces fameux « jeudis » communs — ils sont ceux par où nous nous étiolerons tous — nous crèverons en ce jour impair, lors d’une grève, lors d’un congé, lors d’un jour sans, d’un jour autre, autre que celui de la mort du Général, autre que celui de la chute de la nation ; un jeudi 17, tiens, si je puis une nouvelle fois me permettre, date anodine parmi toutes, jour de la mort de monsieur tout le monde, au pied du soldat inconnu.
Et systématiquement encore, à ce mo- ment de mes ruminations j’entends le cli- quetis du stylo, que je sois à la terrasse d’un café ou dans une salle de cinéma, ce cliquetis que j’ai toujours attribué au stylo
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