Page 62 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
clebs, et galoper la langue au vent jusqu’à ma crise cardiaque.
Ou du moins, endosser une autre identi- té. Sortir de la peau de Michel Monte- gnée. Décompenser. Quitter le navire. De- venir quelqu’un d’autre. Ça n’avait pas de sens, mais à ce niveau, c’était l’unique sa- lut.
Ce soir, je me suis retrouvé nu au milieu du salon. Je venais de peler intégralement mes vêtements. Ma peau, ma mue, Michel Montegnée gisait en boule à mes pieds.
Mireille me fixait d’un air amusé. Elle ne savait pas si j’étais sérieux, mais elle s’y voyait déjà un peu, pour dire la vérité. Je venais de lui expliquer mon plan. Comme je le lui répétais en détail, elle s’était ap- prochée du miroir en pied, elle s’admirait sous ce nouveau jour. Elle me disait « est- ce que c’est crédible, Michel ? », et j’enca- drais son nom au sommet d’une affiche imaginaire en face de ses grands yeux. Je
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