Page 58 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
vains a ses caves humides — puis encore les caves ont leurs sous-sols — et les sous- sols leurs puits cachés.
Pour Mireille je devais paraître tout à fait calme. Nous marchions depuis des heures sur les quais du port de Liège. Quelques petits bateaux de plaisance mouillaient, statiques sur la voie fluviale. C’est Mireille qui m’a fait remarquer les beaux bateaux. Elle riait aux noms peints sur certaines coques. Mes yeux aveugles glissaient passivement sur le fil de la Meuse. Les feuilles de mon manuscrit bas- culaient les unes après les autres dans le remous des écluses.
Mireille avait lu mon premier jet. Ainsi elle me terrifiait. Là, à mes côtés, ma santé mentale était entre ses mains. Mireille était clairement mon ennemie. J’ai pensé à la pousser dans l’eau. Il me semblait qu’un jury d’assises m’aurait pardonné cet acte de légitime défense. À mon bras mon amie chantait, et moi j’étais accablé par la clarté
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