Page 54 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
Bientôt, hors du groupe, je me liai d’amitié avec un Raphaël Senserino. Je sortais la tête de l’eau, Senserino avait un peu le même profil que moi. Un garçon calme et réservé, avec qui je découvrais des films d’auteur au cinéma Churchill. Un soir, Marie m’a appelé, c’était fini avec Diekirch et son ami. Je percevais dans ses pleurs le sifflement de lèvres meurtries, d’une incisive déplacée. J’aurais pu en finir à jamais avec elle à ce moment-là. Mais je lui ai proposé d’aller voir un film avec un pote à moi ; elle m’a demandé son nom, je le lui ai donné. Elle n’avait rien à craindre. Elle a accepté, si je lui promettais de ne rien dire sur l’état dans lequel elle se trou- vait.
Ça a tout de suite marché entre Marie et Senserino.
Mautalban, Diekirch et le Dandy glissent vers les serres, leur visage évoque le recueillement total ; ils ne parlent pas. C’est l’image de trois hommes, les mains
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