Page 52 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
moins jusqu’à ma prise de distance finale. Marie, moi, et un homme interchan- geable. Les parents Guillemots avaient « arrangé » la rencontre entre leur cadette et ce Roger Diekirch. Ce n’était plus un étudiant ; il devait avoir 35 ans, était ma- rié, garait une berline métallisée dans la cour et sortait facilement de ses poches, par fausse inadvertance, des billets de cinq mille francs. Il n’enlevait pas son alliance quand il plaquait sa main ferme sur la nuque d’une Marie tellement amoureuse, leur bouche en pleine contorsion. J’ai souvent répondu aux ordres sourds de Ro- ger Diekirch, qui me signifiait au bout d’un temps « j’ai un besoin pressant ». Marie baissait les yeux et se dirigeait vers le coin salle de bain. Moi, je remontais la rue des Wallons, le pas toujours si lourd. Marie invariablement me téléphonait après les faits, parlant à voix basse, pour me dire qu’elle et moi étions inséparables.
Marie était tombée dans les escaliers, ce mois-là. Elle avait failli perdre un œil.
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