Page 50 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
phrases à mon endroit, en inventer mille, selon mon désespoir. Sur le second cliché, Marie est fatiguée, mais elle me sourit. Le ton de la photo est celui de la une répro- bation affectueuse. Le cliché est flou, et, autant que leur mutisme, la mise au point hasardeuse est du pain béni pour les rê- veurs. L’imagination peut carburer. Son sourire imprécis, ouvert, moule un mot qui se termine en « i ». « Merci », « Moi aussi ».
Parfois nous étions trois. Marie était plus réservée alors. Nous mangions, et Mautal- ban faisait le coq, parlait plus fort, riait plus fort, et il venait voler des baisers à Marie, qui baissait les yeux, pour moi, je crois ; moi qui continuais à découper mon steak comme s’ils ne venaient pas de s’em- brasser à pleine bouche.
Quand je quittais le Pub 200 et les deux amoureux, mes jambes pesaient une tonne, je gravissais plus que je n’arpentais la rue des Wallons. Mais déjà mon télé-
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