Page 49 - La Place des Wallons
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 Le pèlerinage
mangeaient en terrasse. La serveuse mon- tait prendre les commandes. Souvent, entre les services, c’était « à la fortune du pot », et nous lui disions systématiquement que ça nous convenait. Nous mangions avec plaisir des fonds de casseroles, un énorme chou acheté le matin, ou une grappe de saucisses, qu’elle nous cuisinait s’il lui restait du beurre. Je conserve deux photos de ce rituel du Pub 200 avec Ma- rie ; les deux sont en noir et blanc (conscient de vivre au présent un souvenir qui m’habiterait à jamais, je donnais à mes photos ce ton ancien des vieilleries, comme pour les envoyer directement dans l’Histoire, les archiver, en faire des clichés qu’on aurait pu situer dans le temps des films de Truffaut.) Sur l’une, Marie est ha- billée d’un pull en laine blanche, elle a les bras écartés au-dessus de croquis étalés sur la table. À sa bouche figée, on comprend qu’elle me parle, tandis que ses yeux ap- précient les dessins. Que me dit-elle ? Heureusement, la photographie ne parle pas. Je peux lui imaginer des centaines de
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