Page 44 - La Place des Wallons
P. 44

 Christophe Géradon
sera levé. Lui dire que Marie, la princesse de nos vingt ans, n’est plus — que ce champ du possible, pareillement, s’est en- volé.
Que nous avons dorénavant le droit de nous laisser aller. De sortir nos ventres. De vieillir, à en devenir adultes.
Cela faisait 20 ans que j’avais 20 ans. Et pourtant aujourd’hui seulement je me ré- veille quadragénaire. Senserino, qui dort sereinement, ignore tout encore de sa dé- crépitude. Les étançons ont basculé. Nos dents se déchausseront. Les jeunes laids que nous étions, d’avoir suspendu tout ce temps nos espoirs (quels espoirs ?), en étaient devenus de vieux beaux. Nos corps n’avaient jamais souffert d’avoir exulté aux quatre vents. Nous ne connaissions pas les excès du plaisir. J’entends la porte du premier qui grince, Senserino qui descend, la clenche qui déboite. Pourquoi ai-je en- vie que la flèche lui transperce le cœur ? Pour provoquer sans doute chez lui la si-
44






























































































   42   43   44   45   46