Page 42 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
nommé ses amis éternels, que sa famille accablée convie par la présente à un dernier pèlerinage dis- cret, organisé ce 12 novembre à 10 heures du ma- tin, partant de la place du Laveu, pour finir en prières aux serres du Jardin botanique.
J’ai du mal à dissocier Marie Guillemot de la période de ma vie où nous avions 20 ans. Un lac insouciant d’où surgissent dans mon esprit des scènes disparates. Marie y apparait toujours en couleur, tandis que les silhouettes d’hommes jeunes qui fai- saient autour d’elle un barrage de leur corps tracent un mouvement de tension en niveaux de gris. J’étais une écaille de ce bouclier, les bras déployés comme ceux de mes comparses à la façon de l’aigle, une mêlée qui finissait par se refermer tel un dôme au-dessus de son carré châtain. De ce surplomb subsiste aujourd’hui encore la formidable image du galbe de son dos nu et chaud, bâillant au col d’un chemisier ample dont je pourrais dire la marque. Émus dans notre contorsion, enivrés ainsi de son parfum de femme, comme un châ- timent mérité nous acceptions sur l’arrière
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