Page 38 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
contre-jour des néons publicitaires. La foule éparse, parfois assise sur les marches, observait, ou n’ob- servait pas, ce bonhomme d’un certain âge qui avait déplié un trépied rudimentaire dans une tra- vée large. La rencontre de football n’avait pas commencé, tous les spectateurs n’étaient pas encore arrivés ; simplement des stars en survêtement fai- saient des repérages, arpentaient la pelouse, dans les limites de leur moitié de terrain. Fort proche de la grille, je ressentais au sol et le long de mes jambes l’onde de leurs pas secs, eux qui, de l’autre côté des panneaux publicitaires, piétinaient les mottes à deux ou trois mètres de moi. Papy les avait dans son viseur, et puis il relevait la tête vers moi avec un sourire véritable. J’imaginais le cliché qu’il venait de prendre ; selon l’angle, je devais être dans le cadrage. Présent sur le négatif en compa- gnie des deux joueurs du Sporting Castrol. Je les voyais s’éloigner vers les bancs de touche, et je me disais qu’ils pouvaient bien fuir, le lien avait été capturé à jamais.
C’était mon premier match de football. Je ne connaissais rien du Sporting Castrol. Papy, lui, en était un inconditionnel. J’étais captivé par les an- nonces vocales assourdissantes qui surgissaient de- puis l’autre bout du stade, cette voix d’homme, ac-
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