Page 36 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
Debout à côté du meuble, j’avais soule- vé la couverture rigide du carnet, en avais feuilleté les pages vierges. J’aurais dû m’as- seoir au bureau, à ce moment. Une réti- cence. La peur d’y découvrir un nouveau mur brut, une nouvelle flèche en plastique creux. Ce bureau était la dernière réalité physique de Papy. Je l’imaginais comme un bœuf trapu, ce meuble, à l’image de mon grand-père, prêt à charger si on lui cherchait des noises. Tant que je restais debout, le mirage, sous cet angle, perdure- rait sans doute. Et puis, dans un petit cadre posé avec le reste, il y avait une pho- tographie. Je l’examinais longtemps. D’un détail à l’autre, plongé dans cette petite fenêtre sur le passé, un chant de foule s’élevait dans ma chambre. Je me rappelais fort bien la prise de ce cliché. C’était une photo qui venait de l’appareil de Papy, et c’était tout un espoir ; je m’étais enfin assis au bureau.
Cette photo me renvoyait à mes 8 ans. Me renvoyait au printemps 67, à ce
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