Page 33 - La Place des Wallons
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 Le Sporting Castrol
Et puis, il n’y avait pas que la Méhari. Papy, c’était aussi un jardin. Je trouvais son jardin beaucoup plus mystérieux que le nôtre, pourtant situé dans la même rue. C’était un jardin d’arbres, un jardin de maison hantée — qui ne semblait avoir aucun fond. J’étais persuadé que l’on pou- vait s’y perdre, qu’il nous avalerait si nous nous aventurions trop loin.
Adolescent, je trouvais fascinant de me replonger dans le souvenir d’alors, le sou- venir de mes 8 ans, endroit de ma mé- moire où je ressentais physiquement le jardin sans limites. Notre jardin à nous, débroussaillé, s’arrêtait sur un mur brut de cinq mètres de haut, peint à la chaux. Il n’avait pas d’arbres, pas de buissons, pas de cachette, pas de monstre. Et j’avais l’impression tout de même de m’y perdre — de me perdre, moi. Dans le jar- din mystérieux de Papy, au contraire, je me trouvais des jeux, des questions, des guerres et des paix. Couché sur cette herbe-là, j’aurai à jamais 8 ans, comme
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