Page 32 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
la Toyota Celica coupé sport. Mais bien évidemment, je gardais ça pour moi ; je me contentais d’observer passivement la française quand je me retrouvais sur le trottoir de la maison de Papy, c’est-à-dire à cinq voitures de la Toyota miroitante de mon père. Je savais que la voiture de Papy s’appelait une “Méhari” (« Viens, Michel, on va promener la Méhari sur le pont de l’Atlas ! »), et que de manière évidente, sa carrosserie était faite d’un simple plastique orangé. Je chérissais secrètement les sou- venirs de balades dans la Méhari de Papy ; les escapades hilarantes quand nous par- tions sans le toit de tissu noir et qu’il se mettait à pleuvoir ; les rires de mon Papy aveuglé par la drache, les miens emportés par les siens ; ces remous de bateaux déri- vant sur une mer déchaînée, ses cheveux gris-blanc plaqués sur un front ébahi d’amusement, hébété d’aventure, où l’on perdait la conscience de sa petite per- sonne, et gagnait celle de l’autre.
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