Page 31 - La Place des Wallons
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 Le Sporting Castrol
et des fourchettes de luxe sur le trottoir. Et puis alors c’était toujours le même sus- pense ; je voyais le soir tomber et mon père tarder à ranger ses jouets sous le ca- pot, tarder à remettre les engrenages et les courroies dans l’épave, qui pourrait bien rester cette épave à jamais si Papa ne se dépêchait pas bon sang.
Certains jours des vacances, mon père me faisait asseoir au volant de son coupé sport. Il s’allongeait sur le siège passager, à mon niveau, les yeux à raz du turbocom- presseur, et me demandait de constater à quel point le bloc moteur à travers le pare- brise était haut perché. Je lui disais carré- ment que le turbo montait, pour voir son rictus s’étirer sur l’évidence, ses yeux de loup fixer cette excroissance d’acier qui, je l’imaginais, dans son esprit se haussait à vue d’œil — à nous masquer la vue.
Moi, en vrai, je n’y connaissais rien aux voitures. Je trouvais que la Citroën de Papy en valait bien une autre. Valait bien
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