Page 30 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
en pierre de la porte d’entrée. Les bras joints aux genoux, j’écoutais le claque- ment discontinu qu’émettait, par en des- sous, la Citroën bizarre de Papy. Je rêvais un peu dans cet été orange et rouge. Le soir tombait.
Mon père, les jours de soleil, quand il plongeait son torse nu dans les entrailles du moteur de sa belle Toyota Celica, ne manquait jamais une occasion d’ironiser sur la « voiture » de Papy (il vérifiait quand même d’un œil discret que son beau-père ne fût pas dans le coin au mo- ment où il allongeait le mot « voiture » avec une nuance évasive). Et j’aurais dû être amené à boire ses paroles sur ce sujet précis, car mon père connaissait les ba- gnoles sur le bout des doigts.
J’avais en effet passé ma vie d’enfant à observer cette activité cyclique : mon père, racagnac à la main, désassemblant méticu- leusement chacune des pièces du moteur japonais, qu’il alignait comme des assiettes
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