Page 144 - La Place des Wallons
P. 144

 Christophe Géradon
nie, mon esprit s’était fatigué de dépeindre la mer et les oiseaux, et s’était déconnecté sur cette pensée résiduelle — un anonyme dans son bain —, plan fixe que j’avais fini par accepter, tant qu’à faire, et ç’aurait bien pu être seulement ça, une projection fugace, qui s’étiolerait au matin. Mais peut-être fut-ce un détail ou un autre, dans la posture de l’homme, qui, à force de sombrer devant mes yeux secs, avait fini par me mettre en phase avec la scène : possiblement ses bras en corbeau sur le rebord — possiblement le mégot pincé entre deux phalanges de sa main gauche ; enfin bon quelque chose m’avait dans ce tableau rappelé une péripétie que j’avais, j’en étais sûr, déjà observée concrètement. Les yeux toujours fixés au plafond, je me souviens m’être dit que c’eut été un comble que l’homme pique du nez dans l’eau au point de se réveiller ; parce que, là, si ça se passait bien comme j’en étais presque à l’anticiper, alors j’avais imman- quablement été témoin de ceci — et connaissais cette histoire — ou quelques
144
































































































   142   143   144   145   146