Page 136 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
chez elle, dès janvier 1960, et se retrouvait innocemment dans ce sanctuaire de filles, leur coiffeuse et leurs tiroirs, et ses mines qu’elles prenaient, s’imaginait-il, quand elles étaient seules, ce que parfois Constance oubliait qu’elle ne fut pas, alors qu’il était juste derrière elle, à la regarder, à imaginer ses gestes une fois qu’elle le se- rait vraiment, à imaginer son corps quand elle se déshabillerait et ses baisers envoyés au miroir quand elle surprendrait sa sil- houette en pied ; il s’en était fait toute une imagerie mentale, particulièrement persis- tante, rêverait qu’un jour, sans savoir d’où ça lui venait, il embrasserait ce dos, qui battait présentement contre le tissu de son haut, écraserait ses lèvres sur ce fin duvet, et deviendrait honteux, et peut-être que ça ne se passerait pas plus tard qu’à leurs 15 ans, que « tout à coup » Constance agirait comme sa grande cousine avait agi, et chercherait des baisers en ricanant et le repousserait toujours quand ça devenait trop drôle, en faisant ce geste du plat de la main parce qu’on les avait forcément en-
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