Page 135 - La Place des Wallons
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 Le pont Kennedy
pâmoison devant le curé qui raconte par gestes brusques comment tout se termine- ra, dans les lumières blanches et rouges, et Constance ne cligne toujours pas, le bout de ses doigts sur ses lèvres, ses ongles cou- pés courts (Michel s’en souvient et note), ses cheveux châtain à la pinup, surmontés d’un chapeau comme c’était la mode dans les années 60, ce qui correspond très bien à sa robe surannée, mais qu’on ne s’y trompe pas ; Constance, en ce jour d’avril 1981 respire la clarté, elle est magnifique, Constance est tout simplement belle dans sa quarantaine, et Michel, durant ces an- nées où il a vécu l’amour avec d’autres femmes, lorsqu’il se demandait ce qu’était devenue Constance alors, s’imaginait un visage, le façonnait, année après année, et c’était celui-ci qui apparaissait, celui-ci exactement, ce visage qui, déjà, quand ils étaient adolescents, se suffisait tout à fait à lui-même ; à peine avait-elle pris l’habi- tude d’épaissir un peu ses cils, un bout de noir de part et d’autre de son visage, des ailes de papillon — quand Michel allait
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