Page 134 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
nalement un pas en arrière, pour qu’elle ne le voie pas, et de toute façon, un ba- daud arrivant en sens inverse d’elle, qui pouvait être n’importe qui, n’aurait à ce moment-là attiré l’attention de personne, comparé à ce cirque à ciel ouvert, cette tôle froissée et ces deux hommes rustres qui se démenaient dans les phares de leurs automobiles cabossées, dans le cône des- quels on pouvait voir, même si on ne le sentait pas sur soi, le petit crachin qui fai- sait reluire les pavés bombés. Et les ba- dauds restaient là, statiques, ne clignaient pas des yeux, et le halo des phares blancs et rouges était le centre du monde pour eux, proposant une boule de lumière chaude criblée de lames de bruine blanches et rouges, comme un foyer au- tour duquel tout le village se rassemble, visages illuminés, hypnotisés, observant calmement l’acrobatie des deux gorilles, alors que Michel dessinait scrupuleuse- ment un plan de la scène, de l’emplace- ment précis des acteurs et des figurants debout comme à la messe, silencieux, en
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