Page 133 - La Place des Wallons
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 Le pont Kennedy
mains dans les poches de sa veste en lin (et il s’attendait presque à toucher du polyes- ter, le tissu de son anorak d’alors, de l’époque de Constance, d’il y a 20 ans, et il pourrait prétendre que c’en est, du polyes- ter, juste le temps de cette petite analyse — « analyse » est le bon terme), et il fait basculer la couverture du carnet, et il re- garde, enregistre, note et extrapole. Il est debout, à rebrousse-poil, face à ces gens obnubilés, tenus en respect par ces deux épaves encastrées et ces deux hommes en pleine lutte. Et il écrit sur la page vierge : « J’écris ceci au moment où je vois Constance », comme si ce gribouillage était l’autographe d’un chanteur célèbre, comme si ça prendrait de la valeur avec le temps, quand, dans 20 autres années, il retomberait sur le carnet, et verrait ce texte griffonné en ce jour d’avril 1981 où il a revu l’amour de sa vie — il se dirait que le carbone écrasé de son crayon est « contemporain » de l’évènement. Quand il a vu Constance, il s’en souvient — c’était y a 30 secondes —, il a fait machi-
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