Page 13 - La Place des Wallons
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 Un mardi de juillet
ture d’un magazine. Ses mollets battaient doucement sa cadence de lecture. J’es- sayais de ne pas me focaliser sur la terrible impression d’être en ce moment à l’inté- rieur d’un organe humain enflammé, dont elle serait le pouls. Il faisait si chaud, si moite, si sombre, une obscurité dans tous les tons du rouge, et Claudine avait trouvé bon de faire tourner ce petit abat-jour en métal percé, qui envoyait sur les murs des formes géométriques jaunes et filantes. J’é- tais entré dans l’écho de la salle de bain, cette soute étroite et immergée. J’avais vis- sé l’arrivée d’eau, étais entré dans le bain cuit. Étendu sur l’émail lourd et brûlé, je refusais toujours de me sentir accablé par l’instant, par la vie, prolongerais mon déni le temps qu’il faudrait. Nous n’étions que mardi. Une goutte d’eau tombait du bec à intervalle régulier. J’entendais Claudine fredonner une rengaine qui m’était incon- nue, qui tournait et tournait, et semblait participer de la touffeur ambiante. Je fer- mai les yeux, pensai à la Lune. On était mardi, hier les Américains avaient donc
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