Page 118 - La Place des Wallons
P. 118

 Christophe Géradon
faisait détourner une tête pudique, et je me levais un peu, pour me fouetter le sang, pour troubler le fabuleux mirage. Mais j’y revenais, comme assoiffé, avide de poursuivre une exploration qui allait, j’en avais bien peur, plus loin que d’habitude ; le fantôme des yeux de Christelle se posait sur moi, son sourire craquait, sa bouche comme interrompue au plein cœur d’une illusion auditive fascinante, elle disait « Oui, oui... », et elle posait ses deux jolies mains sur le cornet du téléphone, pour changer d’oreille, comme pour passer de l’anecdotique à la confidence ; je me dé- plaçais, et elle penchait la tête, me scrutait ; à contre-jour de la fenêtre main- tenant ses cheveux blonds étaient couron- nés de blanc phosphorescent ; elle avait croisé ses fines jambes et me fixait encore et encore, mais par en dessous cette fois, son rouge à lèvre retroussé, comme si au bout du fil le Dr Jacqueline lui racontait le cochon que j’étais réellement, et j’espérais qu’elle lui disait tout, dans le détail, que ses lèvres se tordissent un instant comme à
118
































































































   116   117   118   119   120