Page 116 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
ments tâtonnants de ma médication. Je la voyais assise, baissée sur sa mallette en cuir noir, son carnet jauni épluché dans la paume, penchée encore, étirée vers le télé- phone qui serpentait sur mon plancher, puis elle se redressait, hissait l’appareil dans ses jupes larges, chaussait patiem- ment ses lunettes, et pendant que dans le combiné elle parlait à Christelle, qu’elle lui divulguait sa nouvelle ordonnance, moi j’imaginais Christelle, au bout du fil, syn- chrone derrière le comptoir de sa phar- macie, elle et son sourire de bande dessi- née, que j’invoquais chichement dans mon petit salon d’une pensée amoureuse, et qu’elle arborerait peut-être parce qu’il était question de moi, de mon traitement, de mon bien-être, et que j’avais cette im- pression que nous étions, malgré tout, malgré les aléas, malgré le labyrinthe des rues, que nous étions, mais je l’avais peut- être imaginé, ce petit quelque chose l’un pour l’autre ; et d’ailleurs, par un jeu au- quel je m’adonnais à chaque fois que le Dr Jacqueline lui téléphonait d’ici, un jeu où
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