Page 114 - La Place des Wallons
P. 114

 Christophe Géradon
fixait, et j’y vis les yeux de maman, son impuissance, sa tristesse hagarde et dépas- sée ; puis le petit avait fini sa soupe, et la mère claqua dans les doigts pour signifier la permission de manger le dessert ; et mon frère à ma gauche gloussa, et j’en- tendis son sourire embêté quand il poigna dans son éclair au chocolat. Maman et moi croisâmes malheureusement nos re- gards et nous avions la bouche grande ou- verte sur un pleur tellement gros qu’il ne voulait pas sortir. J’avais la certitude que nous ne quitterions jamais ce quai de mé- tro qui n’existait pas, et que, le reste de notre vie, nous la passerions à regarder à travers la porte vitrée le petit carré de ciel gris de la Place St-Lambert, qui se rapetis- serait au fil des décennies de grosses frites, d’éclairs au chocolat et de claquements de doigts.
114
































































































   112   113   114   115   116