Page 112 - La Place des Wallons
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 Christophe Géradon
voyais de grosses frites fumantes et des jus d’orange ballotant. À notre gauche, un rail composé de trois tubes chromés serpentait sur dix mètres, longeant des petites fe- nêtres à battants. Maman avait pris un plateau brun, et s’arrimait déjà au début du rail ; je décidai de prendre moi aussi un plateau, mais maman m’arrêta ; un seul suffirait. J’observais le visage illuminé par en dessous de ma mère, qui dévorait du regard ces petits plats posés derrière les vitres, mais elle glissait encore, s’arrêtant en face de chaque assiette, repartant à chaque fois, et j’aperçus qu’une femme, de l’autre côté des vitres, nous suivait pas à pas, une louche à la main. Mais comme au Sarma, ma mère ne prenait rien, et la femme derrière la vitre prit le parti, en fin de rail, de servir le client suivant ; mais ma mère claqua des doigts devant les soupes à 10 francs, et la femme s’exécuta, ployant sa louche trois fois sur trois bols blancs. Nous nous arrêtions encore au niveau des desserts, et maman avait les yeux grands ouverts quand elle me demanda si je vou-
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