Page 109 - La Place des Wallons
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 Un samedi d’octobre
la caisse, le vêtement et son cintre sous le bras, nous frottant les cheveux à mon petit frère et à moi comme pour nous traiter gentiment de canailles, de l’avoir laissée penser qu’elle pourrait acheter cette robe- là, projetant sur nous son moment d’éga- rement, et mon petit frère restait statique, les yeux grands ouverts dans son petit manteau ; les mèches de travers d’avoir été frottées il ne devait pas comprendre ce que nous faisions là, pourquoi nous nous étions arrêtés de marcher sous la pluie ; il se ma- laxait le nez, un petit nez sale, me suis-je dit, un petit nez sale au milieu de ses joues plaquées de terre ; et je savais que je l’étais aussi, sale ; nous avions trainé un peu par- tout le matin de ce samedi d’octobre, nous avions joué dans le jardin, et, en quelques coins de rue, par les contingences mater- nelles, nous étions là, tous les trois, croû- teux, au centre-ville, sous le regard perché de la vendeuse, à agir comme de vrais clients, à mimer un peu des airs qu’on n’avait pas en semaine ; c’était samedi, de- vait se dire ma mère, on pouvait rêver un
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