Page 100 - La Place des Wallons
P. 100

 Christophe Géradon
sante enfin, Marthe s’était couchée, et je lui fis promettre de ne reparaître en bas qu’une fois rétablie. Elle avait un peu de fièvre, me dit-elle, rien de bien grave ; elle serait à nouveau opérationnelle pour ses employeurs après le week-end. Je quittai son débarras et redescendis m’occuper seul de la maison.
Je choyais mon épouse ces quelques jours, la lavai moi-même, écrasai des bai- sers sur son front à intervalles réguliers. Elle communiquait toujours par ces petits papiers griffonnés, que je lisais à haute voix et auxquels, quand c’était possible, je répondais à l’avenant. Les mots étaient brefs, la graphie laborieuse, le sujet souvent évasif. Puis il y eut le néant. Le noir absolu. Je crus que j’y perdais mon amour. Car deux jours durant, elle n’écri- vit plus rien. Je tournai en rond dans sa chambre, ne sachant que faire sans le concours de la bonne, et ce ne fut qu’au soir de Noël que je la vis refaire ces cercles lâches avec son poignet. Elle gratta lente-
100































































































   98   99   100   101   102